Mardi 20 octobre, je suis allé me former pour devenir arbitre assistant semi-officiel au District de l’Ain.
Deux heures, un drapeau, et une certitude qui a pris un sacré coup. Car je croyais connaître la règle du hors-jeu.
Eh bien non !!!
Ma fille joue depuis trois ans à la Côtière Meximieux Villieu, le CMV.
Or le foot amateur ne tourne que grâce aux bénévoles, et chaque week-end il faut quelqu’un pour tenir le drapeau. Alors j’ai levé la main pour aider le club lorsque Séverine me l’a demandé.
Donc, comme pour la cybersécurité, je partage ce que j’ai retenu, avec les liens pour aller plus loin.
Si vous êtes bénévole dans un club, parent au bord du terrain ou simple râleur du dimanche (on ne jugera pas), ces quelques règles vous serviront.
Au CMV, une internationale aux commandes
Au CMV, la responsable technique s’appelle Séverine Creuzet-Laplantes. Et j’adore son parcours (oui, j’ai le droit d’être fan).
Attaquante, elle a porté 6 fois le maillot de l’équipe de France entre 1994 et 1997.
Elle a ensuite joué plus de dix ans à Lyon : au FC Lyon, puis à l’Olympique lyonnais quand le FC Lyon en est devenu la section féminine, à l’été 2004.
Le 12 décembre 2004, lors du tout premier PSG-OL féminin de l’histoire, c’est elle, meilleure buteuse de l’équipe, qui marque un doublé. Les Cahiers du football racontent ce match, et ses sélections sont détaillées sur Footofeminin.
Aujourd’hui, elle transmet tout ça aux jeunes de la Côtière et même au dela car elle enseigne dans un lycée.
Arbitre assistant semi-officiel : c’est quoi ?
Dans les petites divisions, il n’y a pas d’arbitres officiels sur les touches.
Ce sont alors les clubs qui fournissent leurs assistants, souvent un dirigeant ou un parent.
Dans l’Ain, la carte d’arbitre assistant semi-officiel vaut pour les compétitions départementales : U15, U17, U20, féminines et seniors.
Mais pas en régional… ni en Coupe de France.
Pour l’obtenir, les conditions sont simples :
- Être licencié FFF. C’est obligatoire depuis une dizaine d’années, car avant, un assistant qui dérapait ne risquait rien : seul son club était sanctionné.
- Être majeur le jour de la formation (bon, là ca va!) et fournir une photo d’identité.
- Suivre la formation : une partie en salle et aussi, depuis deux ans, une partie pratique sur le terrain.
Par contre, ce qu’on ne m’a pas dit, c’est que la partie pratique sur terrain se ferait par 8°C, avec une pluie abondante.
La carte est valable 6 ans. Le formateur conseille d’ailleurs de penser au recyclage vers 4 ou 5 ans, plutôt que de découvrir en août que tout le club est périmé.
Enfin, pour les dates, il faut passer par votre club ou par le site du District de l’Ain.
Le rôle de l’arbitre assistant, et ce qu’on ne lui demande pas
Sur un match, l’arbitre assistant a quelques missions bien définies. Il dit quand le ballon est sorti, à qui revient la touche, le six mètres ou le corner. Puis il signale les hors-jeu et les remplacements.
Il peut également vérifier les filets et les équipements avant le coup d’envoi.
Par contre, il ne signale jamais les fautes.
Et la raison m’a plu. Une faute, c’est de l’appréciation : aucun règlement ne dit qu’un tirage de maillot devient faute au-delà de 2 newtons (oui, le formateur a vraiment pris cet exemple).
Si chaque assistant avait son propre curseur, la même poussette serait sifflée d’un côté et pas de l’autre. Il n’y a donc qu’un seul curseur : celui de l’arbitre central.
Le hors-jeu, lui, est binaire. Aucune place au ressenti. En effet, il y a une définition, et on y répond par oui ou non.
Un 0 ou un 1, comme en informatique (je ne pouvais pas m’en empêcher).
Le reste ? Du bon sens. D’abord, un seul rôle pendant tout le match : on n’est pas assistant en première mi-temps et remplaçant en seconde.
Pas de consignes au banc, pas de réponse aux provocations, pas de bière, pas de cigarette, pas de téléphone.
Et surtout, on reste honnête. Il faut lever le bras aussi facilement pour une touche adverse que pour son équipe.
Enfin, si l’arbitre central vous demande de baisser le drapeau, vous le baissez. Car lui a suivi 27 heures de formation. Nous, deux.
Le ballon hors du jeu : les cinq mots qu’on oublie
Question piège posée à la salle : quand le ballon est-il hors du jeu ?
Dans la salle, tout le monde répond à peu près la même chose. « Quand il a entièrement franchi la ligne. »
Raté, comme partout ailleurs.
Pourtant il manque cinq mots, et selon le formateur, il manque toujours les mêmes depuis plus de 100 formations : « au sol ou en l’air ».
Avouez, c’est vexant.
Ça paraît évident. Sauf que ça change tout sur une rentrée de touche.
Le ballon devient en jeu au moment où il commence à surplomber la ligne, pas quand il quitte les mains du lanceur.
Imaginez par exemple qu’à cet instant précis, le gardien frappe un attaquant dans sa surface. Si le ballon était déjà au-dessus de la ligne, c’est penalty et carton rouge. Une fraction de seconde plus tôt, c’est carton rouge et on refait la touche.
L’arbitre assistant ne juge pas la faute. Toutefois, il est le mieux placé pour dire si le ballon était en jeu.
Côté nouveautés, les modifications des Lois du Jeu 2026/27 permettent désormais de laisser l’avantage après une reprise mal exécutée, comme une mauvaise touche récupérée par l’adversaire.
L’IFAB a aussi ajouté un décompte de cinq secondes sur les touches et les coups de pied de but qui traînent. L’objectif est clair. Plus de temps de jeu effectif.
Le hors-jeu, 75 % du travail de l’arbitre assistant
Les touches, c’est environ un quart de la fonction. Tout le reste, c’est le hors-jeu, la fameuse loi 11.
Et tout repose sur une distinction : être en position de hors-jeu n’est pas une faute. C’est même une stratégie d’attaquant, celle du renard qui traîne dans le dos de la défense en attendant le bon ballon, et qui revient se mêler au jeu au moment où personne ne l’attend plus.
Pour être en position de hors-jeu, il faut répondre oui à trois questions, au moment où un partenaire joue le ballon :
- Le joueur est-il dans le camp adverse ? Attention, la ligne médiane compte comme son propre camp.
- Est-il plus près de la ligne de but adverse que le ballon ?
- Est-il plus près de cette ligne que l’avant-dernier adversaire ?
Le formateur insiste sur le mot adversaire plutôt que défenseur. Le gardien compte, l’attaquant revenu défendre aussi : ce sont les onze qui ne portent pas votre maillot.
Ainsi, pour la position, on regarde tout ce qui peut légalement marquer un but : la tête, le torse, le genou. La main et le bras, non.
Reste l’infraction, la vraie. Ensuite seulement, on se demande si le joueur est fautif. Il faut que le joueur prenne part au jeu d’une de ces trois façons :
- Il touche le ballon : le cas que tout le monde connaît.
- Il gêne un adversaire, par exemple en masquant la vue du gardien sur une frappe, même sans toucher le ballon.
- Il tire avantage de sa position : uniquement sur une frappe repoussée par le gardien, un poteau ou la barre, qui lui revient dessus.

Notamment, pas de hors-jeu possible sur une touche, un six mètres ou un corner joués directement.
Par contre, un corner joué à deux, c’est simplement du football, et le hors-jeu redevient possible.
Pour les développeurs qui lisent ce blog, ça donne à peu près ceci (oui, je vais tout ramener au code) :
position = camp_adverse and devant_ballon and devant_avant_dernier_adversaire
infraction = position and (touche_ballon or gene_adversaire or profite_rebond)
Le « retour de hors-jeu » n’existe pas
C’est la phrase qui fait saigner les oreilles du formateur.
Car pour l’arbitre assistant, la position se juge au départ du ballon. Point. Donc si un joueur était hors-jeu quand son partenaire a frappé, revenir derrière la ligne ne change rien. Et s’il était bien placé, il peut ensuite partir seul au but.
Le « retour de hors-jeu », c’est la cuillère de Matrix : il n’y en a pas. Une invention des commentateurs.
Autre détail que peu de joueurs connaissent. Depuis 2016, et dès l’Euro en France, le coup franc indirect pour hors-jeu se tire à l’endroit où le joueur a pris part au jeu, pas là où il se trouvait au départ du ballon. Même s’il est revenu dans son propre camp.
Bien aligné, même quand on se trompe
Pour l’arbitre assistant, le premier pilier du hors-jeu, c’est l’alignement. Toujours l’alignement.
Une mauvaise décision prise bien aligné sera toujours moins contestée qu’une bonne décision prise avec cinq mètres de retard. D’ailleurs, dans le second cas, les joueurs ont raison de râler.
Le repère à retenir : quand le ballon est derrière l’avant-dernier adversaire, on s’aligne sur l’avant-dernier adversaire. Quand le ballon le dépasse, on s’aligne sur le ballon.
Quant aux gestes, le drapeau se lève à la verticale et y reste jusqu’au coup de sifflet ou jusqu’à ce que l’arbitre demande de le baisser. Ensuite, on indique la zone de l’infraction : 45° pour la plus proche, 90° pour le milieu, 135° pour la plus lointaine.
Pour un corner, on montre toujours le poteau de corner, même si le ballon est sorti au-delà du second poteau.
Il y a aussi les petits codes avec l’arbitre central, pour qu’il n’ait pas à venir vous consulter devant tout le monde sur un but litigieux.
Par exemple : j’avance de deux ou trois mètres, le but est valable ; je reste sur la ligne, il ne l’est pas. Alors un regard suffit, et l’assistant n’a pas toute la tribune sur le dos pour les 80 minutes restantes.
D’où le conseil d’arriver vingt minutes avant le coup d’envoi : cinq minutes de discussion avec l’arbitre, et la confiance s’installe toute seule.
Après le match : 30 secondes qui évitent une suspension
Le conseil le plus concret de la soirée ne concerne pas le terrain.
Sur la feuille de match informatisée, l’arbitre voit des numéros. Inverser le 4 et le 5, ou oublier de changer d’onglet entre les deux équipes, c’est vite arrivé.
Or les capitaines signent sans lire : déçus s’ils ont perdu, pressés de faire la photo s’ils ont gagné.
Le formateur a même cité un cas récent : un joueur suspendu pour un carton rouge qu’il n’avait jamais reçu.
L’arbitre assistant, lui, connaît les noms et les prénoms de ses joueurs. Donc 30 secondes de relecture avec l’arbitre, et l’erreur saute aux yeux.
C’est le « relis ton commit avant de pousser » du football (pardon, déformation professionnelle).
Le permis de conduire de l’arbitre assistant
Le formateur l’a reconnu honnêtement : le week-end, tous les arbitres ne respectent pas ces consignes à la lettre.
Puis il a pris l’image du permis de conduire. Pendant les leçons, on marque le stop trois secondes. Une fois le permis en poche, le stop devient un cédez-le-passage et le feu orange un feu vert.
J’avais d’ailleurs pris la même image pour les certifications sans pratique. Visiblement, le permis de conduire est la métaphore universelle de la formation.
La soirée s’est terminée sur le terrain, drapeau en main, pour travailler l’alignement. Une obligation depuis deux ans, et une bonne idée : le hors-jeu, ça se comprend en salle mais ça s’apprend en courant.
Moralité : on ne demande pas à l’arbitre assistant d’être parfait. On lui demande d’être honnête et bien aligné.
Enfin, pour aller plus loin, les Lois du Jeu de l’IFAB sont en ligne et gratuites. La loi 11 tient en deux pages, et vous ne regarderez plus jamais la « VAR de la buvette » de la même façon.
Et vous, vous saviez que le retour de hors-jeu n’existait pas ?
HAMIDA.info Papa, geek, mais pas que…